Le monde du silence



Le monde du silence Par Gabriel DAHAN, Huissier de Justice près le TGI de NANTES Une fois encore, et à mi-parcours présidentiel, le pouvoir en place, aussitôt suivi comme un seul homme par les médias, s’est trompé d’élection. Or le corps électoral, fort de son bon sens paysan, ne s’est pas laissé abuser. Il a préféré la pêche à la ligne à la chasse aux voix. Faut-il à ce point lui en tenir rigueur ? Quand le cavalier se trompe, l’équidé trébuche. Malmené, de guerre lasse, il dérobe. Harcelée, la monture se rebelle et finit par éjecter celui ou celle qui est censée la mener. En s’abstenant, l’électeur a fui ce qu’il estimait –peut–être à tort- être un obstacle. La phase qui risque de suivre nous semble d’avantage critique sur fond de rejet ou de révolte et en tout cas de colère. La droite ne disposant d’ailleurs pas du monopole de cet échec universel que constitue le dos tourné aux urnes. C’est en effet la gestion des régions en très grande majorité présidées par la gauche qui était sur la balance. Les fondamentaux s’étiolent encore. Les bienséants se rassemblent dans les clubs. Les révoltés se réfugient dans les coordinations. Le tout en marge des partis traditionnels considérés comme impersonnels. Errare humanum est, perseverare diabolicum. Les leçons n’ont pas été tirées des erreurs de 2004. Des ministres ont été imposés comme tête de liste des régions, alors que pour le quidam moyen auquel je m’assimile volontiers, leur rôle relève d’avantage de la mise en chantier d’un programme dont les grandes lignes sont de portée nationale et souvent impopulaires, et en tout cas incompatible avec un investissement régional qui se veut forcément sectoriel. La preuve de ce fourvoiement nous a été servie sur un plateau par la Région de Guadeloupe qui a échappé dès le premier tour à une candidate ministre qui s’est emmêlée les pieds dans un épais tapis constitué d’un mille feuille inextricable entre les contingences locales du candidat et la mission d’intérêt national attachée à sa fonction de membre du pouvoir exécutif. Les hommes (ou femmes) orchestres tout comme transfuges qui n’ont rien de régional ont également été boudés par l’électeur qui se méfie du cumulard, un fléau typiquement français. Il ne s’agit pourtant pas d’un rejet de la Politique mais des politiciens. Quand la salle de spectacle est vide, c’est la pièce et/ou les acteurs qu’il faut mettre en cause et non l’art théâtral. Ecouter le silence est un art. Y répondre relève de la magie. Or le magicien nous semble las. Comment peut-il dans ces conditions continuer à animer le spectacle ? Surmonter l’abstention ne sera pas chose aisée. Les silencieux du dimanche alimentent pourtant les discussions de comptoir : Au plan régional, au cœur de ce qui devrait être la préoccupation du moment, la droite n’a pas perdu grand chose : son verre était déjà quasiment vide ; la gauche n’a rien gagné : sa besace était déjà presque pleine. Au plan national, sur fond de bipolarisation, les bleus ont grand mal à digérer le cocktail qu’ils estiment assaisonné de déception/trahison qui tourne à l’explosif au fil des élections d’une part, et d’autre part les roses déplorent de voir leur énergie écornée par les divisions . Il est donc urgent de réconcilier le citoyen avec les urnes. Nul ne détient la recette miracle mais deux axes méritent d’être défrichés, hors ou en marge de l’instauration du vote obligatoire. Sur le fond, si par un relent de courage politique, on décidait de créditer d’or le silence actif  , avec le risque pour les pouvoirs exécutif et législatif de scier la branche sur laquelle ils sont assis ? Aucun crédit n’est aujourd’hui accordé au vote blanc, symbole d’un rejet express des alternatives proposées qu’il conviendra de distinguer de la dérobade que constitue l’abstention. Le bulletin blanc devra être comptabilisé au même titre qu’un bulletin dit traditionnel. L’homme politique devra alors sa survie à sa capacité à innover. En la forme, pourquoi ne pas compter sur la toile pour sauver l’araignée ? Sur Internet, on consulte ses comptes bancaires, on déclare ses impôts et on commerce en toute sécurité. Pourquoi ne pas faciliter l’accès aux urnes en autorisant le vote par Internet ? Rien au regard de la sécurisation et de la sincérité du vote ne saurait priver l’électeur du libre choix de son mode de vote pour l’ensemble des élections politiques, avec bien évidemment toutes les garanties qui s’imposent, en ayant notamment recours à des tiers de confiance : cérémonial des urnes ou vote par voie électronique.  Rien de pire qu’un citoyen désabusé que le politique rend esclave de son silence. Alors que le selon le proverbe que votre serviteur a trop tendance à oublier, la parole fait de l’homme son esclave alors que le silence permet à l’homme de reprendre la main. Article publié dans le JAL de Loire Atlantique L'INFORMATEUR JUDICIAIRE ( édition du 26 mars 2010 )


Gabriel DAHAN
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